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  • Mathilde Finsterwald

Lulamine et les éléments


Les rais de lumière passent à travers les arbres. La forêt protège par son humidité, elle révèle à la vie un terrain propice pour s’épanouir. Alors que les arbres discutent entre eux, afin de savoir quel est le meilleur emplacement pour profiter du soleil, ils font également preuve de solidarité. A travers leurs racines, ils envoient tous ces nutriments nécessaires à la vie, si l’un des leurs est fragilisé. Bordant ce paysage, une rivière coule. On entend les clapotis de l’eau, et plus loin, là-haut, une cascade qui se déverse dont on peut percevoir les échos en tendant bien l’oreille.

Les poissons de la rivière sont heureux. L’eau est fraîche et la vie circule, l’oxygène, la nourriture. Lulamine aimait entendre les chants des grenouilles. Elles se cachaient et prenaient leur bain dans des endroits reculés, où le courant se faisait moins dense. Les fleurs lui parlaient et elle aimait écouter leurs chants. Cela ressemblait au chant des sirènes, à la mélodie des anges, à la douceur du miel. Respirer leurs parfums donnait des notes colorées à sa robe de lumière. Elles se vêtissait de bleu, de rose, de jaune, de lumière ou de pourpre. Chaque fleur amenait sa coloration aux robes de vie de Lulamine… . Lulamine vivait dans une maison faite de terre et de bois. Il y avait du feu à l’intérieur. Parfois, elle parlait au feu et lui demandait d’être moins chaud, parfois elle le remerciait car il la réchauffait… . Lulamine comprit qu’elle était la partie et le tout. Ainsi, se dit-elle, lorsque le feu est trop chaud, c’est mon être qui brûle à l’intérieur. Lorsque j’ai froid, je t’aime plus. Le feu est le même, pourtant mon expérience se transforme.

Lulamine se demandait comment rentrer plus profondément dans la vie. Elle aurait voulu savoir si des mystères pouvaient se dévoiler, ce qu’on appelle des « secrets ». L’âme animée par une carte aux trésors infinie, elle observait la plume voler. Les plumes venaient lui parler. C’est l’heure ! Tu peux y aller. Ou… Vas par là maintenant. Ou… Tout va bien mon Ange ! Tu es protégée. La plume portée par le vent introduit Lulamine à une nouvelle dimension. L’air. Elle découvrit que l’air est fait de rien, et que dans ce rien il y a tout. Un savant lui avait expliqué que dans le tout, on trouve le vide en presque totalité. Alors, qu’y a-t-il derrière ? Lulamine aimait respirer dehors. Prendre de l’oxygène dans ses poumons, prendre de la vie, la transmuter et la sortir nouvelle.

Quelque chose en elle lui disait que c’était bon, sans vraiment avoir de connaissances à ce sujet. Elle se demandait qui est ce Dieu dont tout le monde parle. Les gens aiment y réfléchir, répéter des vieilles histoires, mais quelqu’un l’a-t-il trouvé un jour ? Lulamine se disait que Dieu, c’était peut-être l’air qui la caressait. La brise sur son visage, le souffle dans ses cheveux. Parfois, on entendait des légendes de l’autre bout du monde. On disait dans la boîte à idées que l’air grondait, qu’il se fâchait et devenait fou. Lulamine se mit à parler à l’air, pour lui apporter son amour en retour. Elle se dit que peut-être ainsi, la colère de son jumeau tout là-bas s’apaiserait ? Pourtant, c’est le même air qui venait caresser ses joues, son front. Lulamine découvrit le secret de l’équilibre. Comme un funambule sur son fil, qui tomberait lors d’une trop forte bourrasque. L’air pouvait vivre des excès, comme il pouvait mettre en lien et partager. C’était bien lui qui venait souffler à l’oreille des arbres, son murmure apaisant qui offrait à la plume sa direction. Lulamine se demandait si l’air pouvait faire bouger les nuages. Elle vit que sa pensée était coordonnée avec les éléments. Mais peut-être était-ce même l’effet de sa pensée ? Pourtant se dit-elle, tant de gens pensent sans rien y faire. Ce n’est peut-être pas la pensée qui fait et qui défait, c’est peut-être autre chose ? Pourquoi la pensée de certains agit sur le monde, alors que d’autres semblent si faibles ? L’Esprit venait se découvrir. Elle prit conscience de ses autres dimensions et put parler à son âme. Elle apprit à entendre ses pensées derrière la parole. Elle rencontra alors sa beauté. Est-ce l’esprit qui lie la terre et le feu ? Demanda Lulamine a une bûche qui craquait dans la cheminée. Elle obtint une réponse, celle de la vie. Elle alla donc directement demander à un arbre. Il ressemblait à un chêne. Il lui souriait. Elle lui demanda comment des éléments si différents font pour s’entendre, se comprendre ? Co-exister ? S’aimer ?

L’arbre s’appelait Jilido. Il lui répondit que tous venaient de la même source, et elle aussi.

– Parle-moi de cette source, j’aimerais tant savoir. Parfois, je crains d’oublier. Ca semble si beau.

- C’est un lieu existe en dehors de l’espace, un temps qui existe au-delà du monde. Dans ce lieu, tout existe sans forme, pourtant la connaissance de toute forme est accessible. Il existe une unité qui se retrouve dans les fragments des parties, de l’infiniment grand à l’infiniment petit.

- Dis-moi encore, qu’est-ce que cela signifie ?

- Pour exister, le monde a besoin de formes. Alors de là, nous naissons et représentons un équilibre. Te souviens-tu de la tornade ? Penses-tu que quelque chose puisse l’apaiser ?

- Oui, l’amour !

- D’où vient l’amour ? Qui est-elle ?

- L’amour est une source et une expérience. C’est ce que toute l’humanité a en commun, mais aussi les animaux, la nature, les pierres. Les étoiles aussi brillent d’amour.

- Si l’amour t’aime, peut-il te donner vie ?

- Il ? Mais je croyais que c’était une forme féminine !

- C’est le tout et la partie. Dans la vie, le cœur bat. L’amour se nourrit de ton amour, tu lui rends grâce en la reconnaissant. C’est une expansion continue. L’amour a besoin de la vie pour grandir. Ainsi, les ricochets se répondent à l’infini comme les baisers des anges. Lulamine remercia l’arbre pour ce dialogue et s’en alla pensive. Elle avait le sentiment d’avoir mieux découvert l’air, et le principe de l’esprit dans lequel naissent les éléments. Elle choisit à présent de se baigner, afin de laver son corps et rafraîchir ses énergies. Elle se déshabilla et rentra dans la rivière. Les poissons venaient lui chatouiller les pieds et les mollets. Heureusement, ils n’avaient pas de dents ! Lulamine rit sous ses chatouillis et décida de s’asseoir dans la rivière pour les observer. Le courant dans le dos, elle constata que la rivière coule dans un sens. Elle se demanda pourquoi les rivières coulent toujours dans un sens ? Voilà peut-être un autre secret. Alors qu’elle était assise, des dauphins magiques commencèrent à tournoyer autour d’elle. Des formes de vie qu’elle apercevait clairement. Le chant des baleines remplissait ses oreilles, la musique de son âme…

Lulamine rêva tout d’un coup de voir un dauphin dans cette rivière ! Quel regard joueur, remplit d’amour, quelle tendresse, quelle beauté. Et une baleine ? Il faudrait peut-être plus d’eau. Elle demanda à l’eau ce qu’elle en pensait. Elle lui répondit que d’autres formes de vie l’habitaient. L’eau invita Lulamine à ouvrir encore son regard. Elle lui enseigna qu’il existe de la vie au-delà des possibles. Lulamine demanda à l’eau si elle avait elle aussi un mystère à lui révéler. L’eau répondit par clapotis, qui résonnaient en écho jusqu’au fond de la vallée…

Lulamine comprit alors que l’écho est un mystère de la vie. Elle qui demandait du mystère, elle le trouvait renvoyé dans sa réponse… Elle comprit que l’eau fixe des reflets pour capturer la beauté du monde. Les reflets sont l’écho de la tranquillité. Lulamine apprit que dans le calme, on trouve le pouvoir du reflet. Elle remercia l’eau pour cet enseignement. Apaisée, elle sortit de la rivière et se sécha. Elle se dirigeait vers sa maison quand il se mit à pleuvoir. De la boue se formait, retenant parfois ses pieds comme une ventouse. Ses chaussures étaient sales et elle les ôta avant de rentrer dans sa maison. Une fois changée, elle alla vérifier l’état de son potager. Là poussaient des framboisiers, des tomates et des courgettes. Des carottes et des salades. Des oignons tiges. Des pommes de terre. Elle remerciait la terre de lui offrir de si belles créations. La petite graine se transformait, la nourrissait, quelle gratitude. Elle nourrissait ce champ de sa vie d’un amour profond et vivant. Elle se demandait si la terre avait un autre secret à lui enseigner. A travers cette question, c’est comme une graine qui avait été plantée en elle. Elle savait que les germes de la réponse viendraient, et que des racines solides se déploieraient si elle leur en laissait le temps… .


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